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Histoire de l'Ancien Manège

Afin de mettre bon ordre dans les diverses «légendes» entourant l’histoire du bâtiment, le comité de la Société coopérative de l’Ancien Manège vous propose cette première approche que vous pourrez compléter par la lecture de l’ouvrage consacré à ce bâtiment historique.

La période 1850 - 1870 qui a vu s’ériger le bâtiment est prospère, grâce à l’essor de l’horlogerie, et voit la ville se développer parallèlement à sa population qui passe de 13'000 à 20'000 habitants. La pénurie de logements qui s’en suit perdurera jusqu’à la Première guerre mondiale. Dans ce contexte, plusieurs sociétés de construction sont constituées pour apporter une réponse à ce problème et le débat autour du type d’habitation à offrir à la population ouvrière est alimenté par différents courants politiques et philosophiques.

La société du manège, comprenant 104 actionnaires à son origine, a lancé la construction du bâtiment en 1855, à l’intersection de la rue du Grenier et de la rue Suisse (devenue la rue du Manège). Inauguré officiellement le 31 juillet 1857, le bâtiment possédait une double toiture et de hauts murs percés au sommet par de petites fenêtres en demi-lune.

En l’absence d’archives de cette société, la vie dans le bâtiment doit être recherchée dans les annonces parues dans la presse locale. En 1858, une publicité annonce la mise en location du «bâtiment du manège avec celui des écuries y attenant, ayant place pour vingt-deux chevaux». D’autres parutions nous apprennent que le manège est aussi utilisé comme lieu de réunions publiques, de fêtes et de spectacles, notamment celle du 1er mars 1859, lors de laquelle «plus de deux mille citoyens ont trouvé place dans [la] vaste enceinte [du manège] qui avait été décorée pour la circonstance avec un goût remarquable».

Ces diverses informations recueillies ça et là, ainsi que d’autres encore, nous portent à croire que l’exploitation du manège a rencontré des difficultés dès le début et que la Société du manège dû dès lors s’ouvrir à d’autres activités afin de pouvoir continuer à entretenir le bâtiment.

Ces difficultés deviennent patentes en 1862, lorsqu’un marchant de bois, créancier de la Société du manège, en demande la vente aux enchères: la mise à prix de 40'000 francs fait échouer la première vente en 1863, mais la seconde, en 1864, voit le manège vendu pour 30'100 francs à Gustave-Emmanuel Boch, négociant en «objets d’arts et d’industrie», l’un des fondateurs et créancier de la Société du manège dissoute dans la foulée. Les manifestations festives se poursuivent jusqu’en 1867, année où le compte rendu de la fête du 1er mars relève l’état d’insalubrité des locaux.

En 1868 on assiste à la transformation du manège en maison d’habitation. Plusieurs travaux seront réalisés: construction à l’ouest d’un nouveau bâtiment (rue du Grenier 33), transformation de la halle équestre (rue du Manège 19 et 21) et construction d’une maison d’habitation à la place de l’écurie (rue du Manège 17). Le crépi identique sur les trois corps et la continuité au niveau de la corniche témoignent du souci d’unité présidant aux travaux.

Les transformations de la halle sont nombreuses: une verrière est créée dans la toiture supérieure et de nouvelles fenêtres sont percées. Les murs de la cour intérieure servent d’appui aux solives et planchers des étages, et deux escaliers en porte-à-faux sont aménagés. Ainsi, cinq niveaux accueillent désormais des appartements (une plus ample description est faite en page 18 de l’ouvrage Regards sur l’Ancien Manège).

Le décor actuel a été exécuté par J. Bruno en 1902, remplaçant les deux précédents (un échantillon du premier a été conservé dans le couloir d’entrée sud), tandis que la fontaine qui se trouvait dans la cour intérieure est à présent dans le jardin d’une propriété privée au nord-est de la ville, emportée dans les années 1970 alors que l’Ancien Manège était menacé de démolition.

Penchons-nous sur l’aile ouest: cinq niveaux organisés de manière classique autour d’un escalier central donnent sur les appartements et des caves. L’aile est (le Petit Manège) suivait la même organisation, sans les caves. Dans les deux, on retrouve le décor en faux marbre qui orne les escaliers.

Les trois bâtiments ensemble comptaient plus d’une quarantaine d’appartements habités par des personnes de condition modeste (cordonnier, bûcheron…). Au début du XXe siècle, certains appartements sont regroupés et des ateliers de mécanique et de menuiserie sont aménagés. A cette époque, la réputation des «Manégiens» n’était pas fameuse: lieu à part, village au sein de la ville, fascinant et inquiétant tout à la fois.

Au moment d’être vidé en vue de sa démolition en 1972, l’Ancien Manège abritait principalement des personnes d’origine étrangère notamment des ouvriers saisonniers. A l’abandon, la commune intervient plusieurs fois auprès du propriétaire zurichois qui dépose un projet de construction d’un garage collectif. Impliquant la démolition du bâtiment, l’association «Sauvons le Manège» voit le jour en 1978 et s’articule autour d’un projet de «centre artisanal horloger» qui échoue en raison de la conjoncture économique défavorable.

Mais en 1982, la sentence du Conseil communal tombe en donnant le feu vert à la démolition, tandis qu’un projet de construction d’un immeuble locatif ainsi que d’un garage est prévue à la place. Un Groupe de défense du Manège se constitue alors autour de Michel Nicolet afin de contrer ce projet et organise des fêtes à l’Ancien Manège ainsi qu’une occupation de l’immeuble afin de s’opposer aux trax. Pour racheter le bâtiment, une souscription est lancée et le 14 avril 1983, la Société coopérative de l’Ancien Manège prend la relève, négocie le rachat et aboutit à un prix de 405'000 francs.

En 1985, la Société coopérative de l’Ancien Manège sauve le bâtiment de la démolition avec l’aide de la Confédération et de la Ligue suisse du patrimoine national. Il sera par la suite classé monument historique par le canton de Neuchâtel et reconnu monument d’importance régionale locale par la Confédération.

Il faudra alors attendre les années 1992 et 1994, et les fonds nécessaires, afin que le corps central soit restauré. L’organisation des appartements est dès lors modifiée et l’Ancien Manège abrite dorénavant 12 logements, 2 galeries et des locaux commerciaux au rez-de-chaussée, dont la Brasserie de l’Ancien Manège. De plus, la cour intérieure, qui se veut être un véritable lieu d’échange, accueille périodiquement diverses manifestations: marché de Noël, spectacles et autres événements. Il est à noter encore que le bâtiment a servi de décors au tournage d’une partie d’un film suisse en juin 2009.

Vous êtes cordialement invités à visiter ce lieu hors du commun à l’occasion de votre prochain passage à La Chaux-de-Fonds, cité horlogère dont l’urbanisme est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le Comité